Décès de Aimable Karasira

Décès de Aimable Karasira

Communiqué de presse 03/26/RifDP

Le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP) a appris avec une profonde tristesse le décès inopiné de Monsieur Aimable Karasira, survenu alors qu’il était détenu dans une prison rwandaise où il purgeait une peine de cinq ans d’emprisonnement, considérée comme arbitraire par plusieurs organisations de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch et L’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France)

Annoncée le 7 mai 2026 par les autorités carcérales rwandaises, ce décès a provoqué une profonde émotion et une vive inquiétude au sein de la communauté rwandaise, tant à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora d’autant plus que ce décès est survenu le jour prévu pour sa libération.

Il est essentiel de comprendre le parcours et le cas d’Aimable Karasira afin de mesurer l’ampleur de nos inquiétudes. Universitaire, youtubeur, chanteur et commentateur politique, Aimable Karasira s’était fait connaître à travers sa chaîne You Tube « Ukuri Mbona » (« La vérité que je vois »), où il abordait des questions liées à la mémoire du génocide, à la réconciliation nationale, à la liberté d’expression et aux violences politiques au Rwanda.

Rescapé du génocide de 1994, il avait publiquement affirmé que plusieurs membres de sa famille avaient été tués non seulement pendant le génocide, mais également par des éléments du Front patriotique rwandais (FPR) après celui-ci. Or, depuis 1994, évoquer publiquement les crimes présumés commis par le FPR après le génocide est largement perçu comme une ligne rouge à ne pas franchir au Rwanda. Une telle démarche est fréquemment présentée par les autorités comme une menace contre l’unité nationale ou la sécurité du pays. Dans ce contexte, les voix critiques ou dissidentes s’exposent régulièrement à des accusations de divisionnisme, d’atteinte à la sûreté de l’État ou de négation du génocide.

Les prises de position d’Aimable Karasira lui ont ainsi valu une condamnation à cinq années d’emprisonnement pour « trouble à l’ordre public ».

Par ses prises de parole, Aimable Karasira appelait pourtant à une coexistence pacifique fondée sur la vérité, la résilience et la compréhension mutuelle. Dans ses propres mots :
« J’ai compris qu’il existe de bonnes et de mauvaises personnes dans toutes les composantes de la société. »

Avec sa disparition soudaine, beaucoup de Rwandais perdent une voix qui incarnait l’espoir d’un dialogue sincère et d’une réconciliation durable.

Le RifDP exprime sa profonde inquiétude face au climat croissant d’intolérance à l’égard de la dissidence, des journalistes, des militants de la société civile et des personnalités de l’opposition au Rwanda. Le RifDP appelle le gouvernement rwandais à faire cesser les violations commises contre les défenseurs des droits humains et à garantir le respect des libertés fondamentales conformément à ses engagements internationaux.

Le RifDP appelle également la communauté internationale ainsi que toutes les institutions ayant le pouvoir d’agir à soutenir les efforts en faveur d’une paix durable, du dialogue et du respect des droits fondamentaux au Rwanda.

Enfin, à l’instar d’autres organisations internationales, le RifDP demande qu’une enquête indépendante, impartiale et transparente soit menée afin de faire toute la lumière sur les circonstances du décès d’Aimable Karasira.

Fait à Bruxelles, le 12 mai 2026.

Pour le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP)

• Marie Louise Gakwaya — Coordinatrice, Section Belgique
• Gloria Uwishema — Coordinatrice, Section Hollande
• Chantal Gaudiot — Coordinatrice, Section France
• Perpétue Muramutse — Coordinatrice, Section Canada