Le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix tient à rectifier des informations erronées contenues dans la déclaration du ministre Jean-Noël Barrot de la République française sur le cas de Victoire Ingabire Umuhoza afin que le public soit correctement informé.
Une clarification indispensable.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a récemment relayé une information erronée concernant la situation judiciaire de Victoire Ingabire Umuhoza, opposante politique rwandaise actuellement emprisonnée et poursuivie devant les juridictions rwandaises.
Le mardi 27 janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères a publié la réponse du ministre Barrot à une question parlementaire écrite posée par Aurélien Taché, député du Val-d’Oise. Interrogé sur le cas de Mme Ingabire, le ministre a déclaré que celle-ci ferait « L’objet de poursuites en lien avec des déclarations passées et des accusations de liens avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), organisation comprenant notamment d’anciens responsables du génocide de 1994 perpétré contre les Tutsis du Rwanda ».
Une telle affirmation appelle des clarifications immédiates, tant sur le plan factuel que juridique.
Compte tenu de la gravité des accusations évoquées, il serait indispensable que le ministre précise, d’une part, la nature exacte des “déclarations passées” pour lesquelles Mme Ingabire serait poursuivie, et, d’autre part, les éléments concrets sur lesquels se fonderaient les prétendus liens qu’elle entretiendrait avec les FDLR. À ce jour, aucune décision judiciaire définitive n’a établi de tels liens, et ces accusations ont précisément été au cœur de contentieux antérieurs largement critiqués par la communauté internationale.
Ces précisions sont essentielles pour comprendre la position du ministre, et plus largement celle du gouvernement français, dans un dossier que de nombreux observateurs et organisations internationales ont qualifié d’abusif et politiquement motivé, parmi lesquels Amnesty International, Human Rights Watch, World Liberty Congress, Freedom Now, ou encore la Lantos Foundation.
Human Rights Watch a par exemple clairement dénoncé l’arrestation de Mme Ingabire, la qualifiant de procédure politiquement motivée, visant à intimider les voix dissidentes.
HRW a appelé les autorités rwandaises à libérer Mme Ingabire et toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, tout en rappelant l’importance de garantir les droits fondamentaux — liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.
En l’absence de toute précision factuelle, la déclaration du ministre Barrot est problématique à double titre : soit elle repose sur des informations inexactes, traduisant une méconnaissance préoccupante d’un dossier pourtant ancien et documenté, soit elle contribue à relayer des accusations non établies, au risque de relever de la diffamation.
Cette prise de position est d’autant plus surprenante que la France figurait, en 2018, parmi les États ayant publiquement appelé à la libération de Mme Ingabire, à la suite des pressions internationales exercées sur les autorités rwandaises. Elle intervient en outre après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution sans ambiguïté dénonçant l’arrestation et la détention de Victoire Ingabire, estimant qu’elles s’inscrivent dans une poursuite de la répression politique et appelant explicitement à sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi qu’à l’abandon des charges politiquement motivées.
Dans un État de droit, la prudence lexicale et la rigueur factuelle ne sont pas optionnelles, surtout lorsqu’il s’agit de la situation d’une opposante politique emprisonnée.
Une clarification officielle du ministre Barrot apparaît dès lors non seulement souhaitable, mais nécessaire.
Fait à Bruxelles le 03 février 2026.
Pour le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP)
- Marie Louise Gakwaya — Coordinatrice, Section Belgique
- Gloria Uwishema — Coordinatrice, Section Hollande
- Chantal Gaudiot — Coordinatrice, Section France
- Perpétue Muramutse — Coordinatrice, Section Canada