Le RifDP dénonce la détention arbitraire et les traitements inhumains infligés à Victoire Ingabire Umuhoza

Le RifDP dénonce la détention arbitraire et les traitements inhumains infligés à Victoire Ingabire Umuhoza

Communiqué

Le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix alerte l’opinion publique nationale et internationale sur la détention arbitraire, les traitements inhumains et la négation systématique des droits fondamentaux dont est victime Madame Victoire Ingabire Umuhoza dans les prisons rwandaises.

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Alors que la justice rwandaise est appelée à se prononcer, le 16 janvier 2026, sur l’illégalité de son arrestation, aucune garantie d’indépendance ni d’impartialité ne peut être raisonnablement attendue. Tout indique au contraire que ce procès s’inscrit dans une stratégie politique de neutralisation d’une opposante majeure.

Depuis des années, cette affaire est marquée par une accumulation d’abus de pouvoir, d’irrégularités judiciaires graves et de violations flagrantes du droit international. Le silence de la communauté internationale face à ces dérives ne fait que renforcer l’impunité des autorités rwandaises.

Nous exhortons toute autorité ayant le pouvoir d’agir, qu’elle soit nationale, régionale ou internationale, intervienne sans délai afin de contraindre les autorités rwandaises à respecter leurs engagements en matière de droits humains et à garantir à Mme Victoire Ingabire Umuhoza l’exercice plein et entier de ses droits civiques, politiques et judiciaires.

Les faits sont accablants.

Entre 2018 et 2024, de hauts responsables du régime rwandais, y compris le président de la République, ont publiquement multiplié les menaces, insinuations et discours de haine à l’encontre de Mme Ingabire, préparant ainsi le terrain à sa persécution judiciaire.

En 2025, des juges rwandais ont ordonné une enquête visant Mme Ingabire en la liant à une affaire que le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a pourtant clairement jugée contraire au droit international des droits de l’homme. Cette décision démontre le mépris assumé des autorités rwandaises pour les mécanismes internationaux de protection des droits humains.

Mme Ingabire a été arrêtée le 19 juin 2025 et placée en détention dans des conditions assimilables à un isolement punitif. Depuis cette date, elle ne peut communiquer avec sa famille et privée de tout accès effectif à son équipe juridique internationale, en violation directe des Règles Mandela et des normes minimales universelles applicables aux personnes privées de liberté.

L’Association du Barreau du Rwanda (RBA) a arbitrairement refusé à son avocat kenyan le droit d’exercer au Rwanda, invoquant le principe de réciprocité, alors même que ses propres textes exemptent les avocats de la Communauté d’Afrique de l’Est de cette exigence. Ce refus constitue une atteinte grave au droit à la défense et une violation manifeste du Protocole du Marché commun de la Communauté de l’Afrique de l’Est.

Malgré un recours constitutionnel pendant devant la Cour suprême contestant la légalité de son inculpation et de sa détention, le tribunal de première instance a délibérément refusé de suspendre la procédure, en violation de la loi rwandaise sur la compétence des juridictions. Il s’agit d’un passage en force judiciaire destiné à maintenir Mme Ingabire en détention à tout prix.

Le rejet de sa demande de libération sous caution, y compris lorsque le ministère public n’a pas respecté les délais légaux pour produire un acte d’accusation, illustre la volonté manifeste de punir sans juger.

Mme Ingabire est détenue dans des conditions mettant gravement sa sécurité et sa dignité en danger, notamment par son placement avec une détenue condamnée pour meurtre ; cela en violation des règles les plus élémentaires du droit pénitentiaire et par des privations arbitraires de droits fondamentaux, dont l’accès aux soins médicaux et à la pratique religieuse. Par ailleurs, la désignation des mêmes juges pour instruire et juger son affaire confirme l’absence totale de garanties d’un procès équitable et révèle l’instrumentalisation politique de la justice rwandaise.

Face à cette situation intolérable, nous refusons de nous taire.

La détention de Mme Victoire Ingabire Umuhoza engage la responsabilité directe des autorités rwandaises et interpelle la conscience de la communauté internationale.

Rappelons qui est Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Icône du leadership féminin en Afrique, elle est un symbole de la lutte pour la démocratie, les droits humains et le développement pour tous au Rwanda.

Mme Ingabire séjournait aux Pays-Bas pour des raisons d’études au moment des évènements tragiques de 1994 au Rwanda. En janvier 2010, elle décide de retourner au Rwanda et annonce sa candidature à l’élection présidentielle de la même année. Elle a été arrêtée pour avoir critiqué la politique de réconciliation du gouvernement rwandais et condamnée à quinze ans de prison lors d’un procès largement dénoncé pour ses motivations politiques.

Dans un arrêt historique rendu en 2017, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples

(CADHP) a jugé que le Rwanda avait violé son droit à la liberté d’expression et à une défense adéquate. À ce jour, le Rwanda refuse de se conformer à cette décision. Mme Ingabire a passé huit ans en prison, dont cinq en isolement cellulaire, avant d’être libérée par une mesure de grâce présidentielle en 2018.

Sa libération était assortie de deux conditions, qui devaient prendre fin en octobre 2025. L’une d’elles consiste à demander l’autorisation du ministre de la Justice pour quitter le pays. Malgré les demandes qu’elle a adressées au ministre et au président du Rwanda pour obtenir l’autorisation de se rendre aux Pays-Bas et de retrouver sa famille (y compris son mari malade), elle n’a reçu aucune réponse.

Depuis sa libération en 2018, Mme Ingabire est restée fidèle à son engagement en faveur d’une réforme politique pacifique et d’une bonne gouvernance au Rwanda, par le biais d’un dialogue national inclusif. En 2024, le système judiciaire rwandais l’a empêchée de se présenter aux élections présidentielles de juillet. Elle a ensuite saisi la Cour de justice de l’Afrique de l’Est (EACJ) pour obtenir le rétablissement de ses droits civiques.

Le 19 juin 2025, soit quelques mois avant l’expiration de son pardon, Mme Ingabire a été arrêtée à nouveau. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression a déclaré que les accusations portées contre elle semblaient être des représailles directes pour ses activités politiques et sa liberté d’expression.

Fait à Bruxelles le 10 janvier 2026.

Pour le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP)  

  • Marie Louise Gakwaya — Coordinatrice, Section Belgique
  • Gloria Uwishema — Coordinatrice, Section Hollande
  • Chantal Gaudiot — Coordinatrice, Section France
  • Perpétue Muramutse — Coordinatrice, Section Canada