Merci pour ce signe d’encouragement que vous m’accordez.
C’est avec humilité et une pleine conscience de la gravité de notre situation que je reçois ce prix.
Je vous remercie également de me donner l’opportunité de transmettre un message au peuple rwandais et à tous ceux qui sont concernés ou impliqués dans notre cause, lors de cette cérémonie. Malheureusement, je vais vous raconter une histoire qui ne vous apportera pas de joie.
Avant de me concentrer sur le cœur de mon message, je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers les organisateurs de cette cérémonie, en particulier le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix et Radio Inkingi, qui nous offrent cette occasion de nous rencontrer de manière aussi efficace et confortable.
Il y a encore des centaines de personnes que je souhaite remercier, mais j’espère avoir l’occasion de le faire tout au long de l’année à venir.
Merci.
Maintenant, ce qui me semble crucial de partager avec vous, c’est ce qui suit :
Il est grand temps que nous fassions face à notre situation, que nous acceptions les faits et que, par conséquent, nous agissions de manière appropriée. Dépeignons la situation actuelle au Rwanda : après 30 ans de règne du régime du FPR (Front Patriotique Rwandais), ce dernier est responsable de millions de morts. Pas 1, pas 2, pas 3, ni 5 ou 10, mais bien 15 millions de morts, causés par le chaos, l’instabilité et la mort qu’il a instaurés au Rwanda, en République Démocratique du Congo et, plus largement, dans la région des Grands Lacs. Ce chiffre n’est pas de moi, mais il est cité dans plusieurs rapports des Nations Unies. L’un de ces rapports, que je partagerai avec vous dans le chat de cette conversation, décrit les crimes commis par le régime rwandais dans l’Est du Congo. On y met notamment l’accent sur l’utilisation du viol comme stratégie de déstabilisation. On y parle d’enfants pendus aux seins de leurs mères assassinées. Ces histoires ne relèvent pas d’un passé lointain, mais bien de notre époque contemporaine.
D’après les statistiques de 2023, 85 000 cas de violence contre les femmes ont été enregistrés. Nous pouvons tristement conclure qu’au cours de l’heure et demie que dure notre conversation, 15 femmes seront probablement victimes d’abus. Et encore, ce chiffre est probablement sous-estimé, compte tenu des difficultés à signaler de tels crimes.
À l’intérieur des frontières rwandaises, nous avons assisté ces dernières années à des centaines, voire des milliers, de cas de meurtres, d’enlèvements et de mauvais traitements perpétrés par le régime du FPR. Permettez-moi de vous rappeler trois crimes notoires, bien que non plus graves que d’autres :
- La mort de Kizito Mihigo, un messager de l’amour, de l’unité et du pardon, qui a utilisé son talent pour défendre les opprimés, notamment ceux qui n’ont pas le droit de commémorer leurs morts.
- La mort suspecte de John Williams Ntwali, journaliste enquêtant sur les crimes du régime du FPR en RDC.
- Les mauvais traitements infligés à Victoire Ingabire, qui endure depuis près de 15 ans des persécutions pour avoir osé demander la commémoration des victimes du régime du FPR. Pas plus tard que la semaine dernière, elle a encore reçu des menaces de mort de la part du président rwandais lui-même, chef du régime actuel.
Et pourtant, ce régime parvient à maintenir une façade d’apparence irréprochable, au point que même ceux qui connaissent ses méthodes hésitent à en percer la bulle.
Le monde extérieur, peut-être par un manque d’intérêt, semble indifférent aux crimes terribles de ce régime. Pensez à des organisations comme la FIFA ou l’UCI (Union Cycliste Internationale), qui prévoit d’organiser en septembre le championnat mondial de cyclisme au Rwanda.
Quand je pense à ces faits, je ne peux m’empêcher de tracer un parallèle avec une tragédie terrible qui s’est déroulée de 1984 à 2008 en Autriche. Il s’agit d’un cas extrêmement délicat et poignant d’abus et de maltraitance. Je préfère vous laisser juger les faits par vous-mêmes, en vous lisant un résumé d’une des sources que j’ai consultées. Je vous invite également à rechercher davantage d’informations sur ce cas, qui a profondément choqué la société européenne par son degré de criminalité et son mode opératoire sans précédent.
(Explication de l’affaire Fritzl basée sur les informations pertinentes).
Cette comparaison avec l’affaire Josef Fritzl nous rappelle que, tout comme dans ce cas, les crimes du FPR se déroulent derrière une façade immaculée, avec un chef de régime qui continue à gérer ses affaires, à conclure des accords, et même à convaincre le monde extérieur de sa respectabilité.
Je vous raconte cette histoire non seulement pour souligner la criminalité du régime du FPR, mais aussi pour montrer que, comme dans l’affaire Fritzl, il existe de l’espoir et une lumière pour les victimes après des décennies d’abus. Ces victimes ont fait preuve d’un courage et d’une résilience extraordinaires pour surmonter leurs traumatismes.
La fille abusée, Elisabeth, a montré une force remarquable en prenant ses responsabilités, en redressant la tête et en permettant un avenir meilleur. Elle mérite tout notre respect et notre admiration pour l’exemple qu’elle a donné.
N’oublions pas non plus le rôle des autres parties : les médecins qui ont assumé leurs responsabilités, la justice qui a jugé équitablement et appliqué les sanctions appropriées, et les services de sécurité qui lui ont offert la protection nécessaire.
J’espère qu’un jour, le peuple rwandais sera également libéré des abus qu’il endure depuis des décennies.
Vous comprenez que nous portons une immense responsabilité. Que ce sera à nous de définir l’avenir du peuple rwandais.
Nous avons deux options :
Ou bien nous la fuyons, ou bien nous l’assumons.
En tout cas, l’avenir sera ce que nous en ferons.
Merci