Discours d’acceptation de Chef Charles A. Taku du Prix Victoire Ingabire Umuhoza

Discours d’acceptation de Chef Charles A. Taku du Prix Victoire Ingabire Umuhoza

Madame  la présidente du Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix,

Madame Victoire Ingabire Umuhoza

Mesdames et Messieurs les membres de ce prestigieux Comité de sélection,

Mesdames et Messieurs les participants,

Le 24 janvier 2026 à 13h08, j’ai reçu un message intitulé « Lauréate du Prix VIU du RifDP » dont le message était le suivant :

Le RifDP International a le plaisir de vous annoncer que vous êtes le lauréat du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, édition 2026. Toutes nos félicitations. Nous sommes très heureux de vous compter parmi nos défenseurs des droits humains .

Cette distinction internationale, qui m’est décernée quatre mois après la remise d’un prix pour services exceptionnels par l’Association du Barreau Africain le 21 octobre 2025, me remplit d’une grande joie. Je remercie profondément les membres qui m’ont choisie, parmi d’autres, lauréat du prix VIU 2026 du RifDP qui porte le nom Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la démocratie et la paix.  Je suis profondément touchée et reconnaissant de cet honneur exceptionnel.

Je suis reconnaissant à Victoire Ingabire Umuhoza qui, bien que nous ne nous soyons jamais rencontrées, a eu confiance en moi et m’a confié la lourde responsabilité de son affaire et de celle de son avocat, Peter Erlinder, lorsqu’il a été enlevé et détenu, la privant ainsi de son droit d’être défendue par l’avocat de son choix. Je rends hommage à ma collègue Beth Lyons, qui n’est pas avec nous ici, mais qui s’est jointe à moi pour mobiliser les avocats du monde entier, le gouvernement américain, l’ONU et le TPIR en vue de la libération de Peter Erlinder.

Je dédie ce prix à ma chère mère, Helen Atabong Asaba Fontem, qui, bien que n’ayant pas été instruite, est devenue la première femme politique de mon arrondissement natal et m’a transmis un profond sens de la justice, ce qui m’a valu cette distinction. Gloire à Dieu Tout-Puissant, Dieu de la Victoire, qui ne manque jamais à ses devoirs.

Grâce à ce prix, vous m’avez offert une tribune pour appeler le gouvernement rwandais à la libération immédiate et inconditionnelle de Mme Victoire Ingabire Umuhoza. Depuis son retour au Rwanda pour participer à la vie politique de son pays, Mme Victoire Ingabire Umuhoza est soumise à diverses formes de contrainte. J’en appelle donc à tous les défenseurs de la liberté à travers le monde afin qu’ils interviennent et fassent pression sur le Rwanda pour obtenir sa libération inconditionnelle.

Mme Victoire Ingabire est une martyre de la démocratie, de la paix et de la justice. Elle est un symbole de courage, de justice et de paix, et une source d’espoir et de liberté pour tous les opprimés à travers le monde. J’appelle par conséquent le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, les mécanismes d’examen par les pairs des Nations Unies et des pays africains en matière de droits de l’homme, ainsi que l’Union européenne, à utiliser l’article 96 de la Convention européenne des droits de l’homme pour que le Rwanda réponde de ses obligations conventionnelles et libère Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

Je n’ai jamais rencontré Mme Victoire Ingabire en personne, mais au vu des nombreux échanges que j’ai eus avec elle par le passé, je peux affirmer en toute humilité qu’elle est une dirigeante engagée, dotée de qualités démocratiques exceptionnelles, attachée à la justice, à l’État de droit et à un Rwanda pacifique et démocratique. Elle porte une mission, une vision et un engagement indéfectible envers un Rwanda, une région des Grands Lacs et une Afrique prospère, démocratiques et pacifiques. Elle fait preuve d’un calme imperturbable, d’une vision éclairée et d’une capacité à unir son peuple, même sous pression.

Ses échanges avec moi, notamment lorsque sa résidence était encerclée et lorsque son avocat a été enlevé à son arrivée au Rwanda pour la défendre contre des accusations portées contre elle  m’avais convaincu  de son innocence at son attachement aux valeurs démocratique universellement reconnues. Raison pour laquelle, elle était rester sereine  lors d’un procès que la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples avait jugé inéquitable et contraire aux obligations internationales du Rwanda en matière de droits humains, et ordonné  sa libération après huit années de détention injuste . Malgré sa libération présumée, sa liberté n’était pas garantie ni respectée.  Pour paraphraser l’article de ma collègue Beth Lyons sur les acquittées au TPIR, parmi lequel figure notre client François Nzuwonemeye : elle été acquittée, mais pas libre. Oui. Victoire a été libérée, mais pas libre.

De ma première contacte avec Victoire Ingabire, elle était préoccupée sur l’exercice pacifique de ses droits humains et libertés fondamentales internationalement reconnus, ses droits civils et politiques ainsi que ceux des femmes et des hommes de son pays. Elle était préoccupée par les violations flagrantes et le manquement du Rwanda à ses obligations en matière de traités internationaux relatifs aux droits humains et au droit international. Je suis fière et reconnaissant de l’accompagner ainsi que le peuple rwandais dans cette voie de la justice, de le paix et des droits fondamentaux. La détention de Victoire porte atteint a ces valeurs universelles. 

J’accepte à nouveau ce prix avec une profonde gratitude et j’apporte mon soutien indéfectible à tous les efforts déployés pour la libération de Mme Victoire Ingabire Umuhoza, en l’honneur de laquelle ce prix international prestigieux des droits humains a été créé en reconnaissance de sa contribution remarquable à l’instauration d’une culture démocratique, à la justice, à la réconciliation nationale et au bien-être collectif de son pays, le Rwanda.

Merci beaucoup.

Chef Charles A. Taku