Cynthia Mbanza Umutesi – Discours d’acceptation du Prix Jeunesse Engagée

Cynthia Mbanza Umutesi – Discours d’acceptation du Prix Jeunesse Engagée

Mesdames et Messieurs,


Chères membres du Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix,
Chers invités,

C’est avec honneur et gratitude que j’accepte le Prix Jeunesse Engagée. Je le reçois avec émotion et humilité, au nom de toutes celles et ceux qui, chaque jour, choisissent d’agir, d’aider, de croire encore à la force du bien commun.

1. Mon engagement et ma motivation

Mon engagement trouve ses racines dans le refus de l’injustice.
Depuis toujours, j’ai à cœur le respect de la dignité humaine.
Ce sont les valeurs que j’ai reçues de mes parents — un héritage moral qui m’accompagne à chaque étape de ma vie.
Je veux donc remercier ma famille, et toutes les personnes que j’ai croisées sur ma route, qui m’ont encouragée, inspirée, et parfois relevée.

C’est dans ce contexte, avec des amis, que nous avons créé l’association Umubano, qui œuvre pour venir en aide aux populations réfugiées, en leur fournissant alimentation, soins de santé et accès à l’éducation, essentiels à une vie digne.

Notre ambition est de sensibiliser le monde entier aux défis auxquels ils sont confrontés, et à inspirer un mouvement global de solidarité. Nous œuvrons également pour inculquer nos valeurs d’humanité et de solidarité aux futures générations.

Ce qui me donne de la force, c’est de voir des jeunes qui, malgré la guerre et la grande précarité, continuent d’espérer, de croire en l’avenir, d’étudier.

Ces victoires silencieuses sont, pour moi, la plus belle réponse à la violence et au désespoir.
Elles rappellent que, même dans les ténèbres, la lumière de l’éducation ne s’éteint jamais.

Ainsi, j’ai compris que l’engagement, ce n’est pas un acte héroïque, c’est d’abord un état d’esprit, accompagné d’actions au quotidien.

2. Les conséquences du non-engagement

Mais à l’inverse, le non-engagement est un risque.
Quand on ne se sent plus concerné par la société, quand on détourne le regard des injustices, on laisse le champ libre à la peur, à la division et à la méfiance.

Ne pas s’engager, c’est laisser d’autres décider du monde dans lequel on vit.
C’est se résigner à l’idée que rien ne peut changer.
Et quand les citoyens se taisent, la justice sociale s’affaiblit, et le vivre-ensemble s’effrite.

La paix n’est jamais acquise. Elle se construit, jour après jour, à travers notre capacité à dialoguer, à écouter, à participer.
Rester indifférent, c’est, en réalité, laisser l’injustice avancer sans résistance.

3. Mon souhait pour l’engagement de la jeunesse

Mon souhait le plus cher, c’est que chaque jeune prenne conscience du pouvoir immense qu’il détient. Nous avons tous, à notre manière, la possibilité d’agir.

S’engager, ce n’est pas forcément créer une association ou mener un grand projet.
C’est aussi tendre la main à une personne qui en a besoin, participer à un projet local, défendre une idée juste, ou simplement oser prendre la parole.

Je rêve d’une jeunesse curieuse, courageuse et responsable, une jeunesse qui ne baisse pas les bras face aux difficultés, qui transforme les obstacles en défis, et les rêves en actions concrètes.
Parce que la société de demain dépend de la passion, de la créativité et du sens du devoir de la jeunesse d’aujourd’hui.

4. Les relations intergénérationnelles et la transmission

Mais pour que cet engagement dure, il doit s’appuyer sur une base solide : la transmission entre les générations. Je le crois profondément : la transmission est la clé de voûte de tout engagement durable.

Nous, les jeunes, avons besoin de comprendre d’où nous venons pour savoir où aller.
Alors, chers parents, chers aînés, parlez à vos enfants.
Racontez-leur votre parcours, vos rêves, vos réussites, mais aussi vos échecs.
Ne leur cachez rien : ce sont vos histoires, vos expériences, vos leçons de vie qui leur donneront la force d’avancer.

Offrez-leur la plus grande des richesses : le savoir.
Le savoir, c’est ce qui éclaire les esprits, ce qui libère, ce qui construit la paix.
Une jeunesse instruite et consciente de son histoire, c’est une jeunesse capable de bâtir un avenir meilleur.

La démocratie, la justice et la paix naissent du dialogue entre les générations — de la main tendue entre ceux qui ont ouvert la voie et ceux qui s’apprêtent à la poursuivre.

5. En conclusion

Recevoir ce prix aujourd’hui n’est pas un aboutissement.
C’est un appel à continuer, à persévérer, à inspirer d’autres jeunes à s’engager à leur tour.

Je dédie ce prix aux jeunes dont nous accompagnons la scolarité avec Umubano, à leurs familles, et à tous les bénévoles qui, chaque jour, transforment la solidarité en action.

Merci au RifDP pour cette reconnaissance et pour la confiance que vous placez dans la jeunesse. Merci de croire en notre capacité à construire un monde plus juste, plus fraternel et plus humain.

Et à ma génération, je veux dire ceci :
n’attendons pas que le monde change pour nous — changeons-le ensemble, un pas après l’autre.

Merci. 🌿