Invitation

Discours de circonstance de Marie-Louise Gakwaya, coordinatrice du RifDP Belgique

Mesdames, Messieurs,

Distingués invités,

Chers amis de la démocratie et de la paix,

et membres de la famille de Victoire Ingabire Umuhoza,

C’est pour moi un immense honneur de prendre la parole à l’occasion de cette 15ème édition du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, placée sous le thème, emprunté à ONU femmes pour le 08 mars, « Give to gain – Donnez pour gagner ». Ce thème résonne avec force dans nos cœurs, dans nos histoires personnelles et collectives, mais aussi dans le parcours même de celle qui donne son nom à ce prix, Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

En créant ce prix, le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix a voulu reconnaître et amplifier un message simple et puissant : le courage, la vérité, et le don de soi ne sont pas des faiblesses, mais des investissements lumineux dans l’avenir de nos peuples. Donner sa voix quand tout le monde se tait. Donner du temps quand tout semble perdu. Donner un peu de sa sécurité pour défendre celle des autres. C’est cela, « donner pour gagner ».

Nous vivons dans un monde où l’on confond très souvent le gain avec l’accumulation : accumulation de richesses, de pouvoir, de privilèges. Mais ici, ce soir, nous célébrons une autre forme de gain : celle de la dignité, de la justice et de la paix. Le vrai gain n’est pas ce que l’on garde pour soi, mais ce que l’on partage, ce que l’on transmet, ce que l’on sème dans la vie des autres.

« Donner pour gagner », c’est d’abord accepter de regarder la souffrance en face. C’est accepter de voir les victimes de la violence politique, des conflits à répétition, de l’exil forcé, des emprisonnements injustes, des violences faites aux femmes et aux enfants. Là où d’autres se détournent ou se taisent, les lauréats de ce prix choisissent de s’arrêter, d’écouter, d’agir.

« Donner pour gagner », c’est aussi refuser la logique de la haine. Dans la région des grands lacs africains, plus particulièrement au Rwanda, mais aussi bien au-delà, nous connaissons le prix tragique de la haine ethnique, politique ou sociale.

Nous savons ce que coûtent les mensonges d’Etat, la diabolisation de l’autre, la manipulation des mémoires blessées. Donner, ici, c’est choisir de briser ce cycle : donner une main à celui que l’on nous a appris à considérer comme un ennemi, donner une chance à la vérité, donner du temps au dialogue. Lorsque nous faisons cela, nous gagnons quelque chose d’infiniment précieux : la possibilité d’un avenir commun.

Ce soir nous rendons hommages aux femmes et aux hommes qui ont compris que l’engagement pour la démocratie et la paix n’est pas un slogan, mais une manière de vivre.

Le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix nous rappelle aussi une vérité fondamentale : il n’y a pas de paix sans justice, et il n’y a pas de justice sans courage.

Permettez-moi de m’adresser un instant aux lauréats de cette 15ème édition.

Votre présence n’est pas seulement une reconnaissance, c’est aussi un engagement renouvelé.

Merci d’accepter de porter encore plus haut la flamme de la démocratie et la paix ; merci d’accepter de continuer à donner vos forces, vos talents, vos convictions. Nous savons que ce n’est pas toujours facile. Ce soir, dans cette salle, cette communauté, ce réseau, se tiennent à vos côtés. Votre combat est aussi le nôtre.

A vous la jeunesse, je voudrais dire ceci : ne laissez personne vous convaincre que l’engagement est inutile. Ne laissez personne vous faire croire que tout est joué d’avance . « Donner pour gagner »,  c’est peut-être pour certains parmi vous, commencer par de petits gestes : s’informer, refuser les discours de haine, soutenir des initiatives de paix, défendre un camarade victime d’injustice, utiliser des réseaux sociaux pour construire et non pour détruire . Chaque geste compte. Chaque parole compte. Ce que vous donner aujourd’hui à la vérité, vous le retrouverez demain en liberté.

A nous tous enfin, ce thème lance un défi : qu’allons-nous donner concrètement après cette cérémonie ?

Si nous acceptons de répondre à cet appel, alors ce prix ne sera pas seulement un moment symbolique dans l’année. Il deviendra une source d’inspiration permanente, un rendez-vous avec notre conscience, une invitation à faire notre part.

En ce 15ème anniversaire du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, souvenons-nous que la véritable victoire ne se mesure pas en trophées ni en applaudissements, mais en vies transformées, en murs abattus, en ponts construits entre des peuples longtemps opposés.

Que ce thème « Give to gain – Donnez pour gagner » continue de nous accompagner bien au- delà de cette soirée . Qu’il inspire nos choix politiques, nos engagements citoyens, nos relations quotidiennes. Qu’il nous rappelle que le monde que nous voulons voir naître commence par ce que nous acceptons de donner aujourd’hui.

Avant de terminer, nous, le réseau international des femmes pour la démocratie et la paix tenons à exprimer nos sincères remerciements et notre profonde reconnaissance à Mme Marie-Roger Biloa qui nous a accompagnée depuis nos début en tant que présidente du jury.

La nouvelle présidente vous sera présentée.

En fin, à toutes celles et tous ceux qui, dans l’ombre ou sous les projecteurs, dont Mme Victoire Ingabire Umuhoza, donnent pour que d’autres puissent simplement vivre : merci. Vous êtes la preuve vivante que, donner c’est vraiment gagner.

Je vous remercie

Marie-Louise Gakwaya, coordinatrice du RifDP Belgique

Discours d’acceptation de Chef Charles A. Taku du Prix Victoire Ingabire Umuhoza

Madame  la présidente du Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix,

Madame Victoire Ingabire Umuhoza

Mesdames et Messieurs les membres de ce prestigieux Comité de sélection,

Mesdames et Messieurs les participants,

Le 24 janvier 2026 à 13h08, j’ai reçu un message intitulé « Lauréate du Prix VIU du RifDP » dont le message était le suivant :

Le RifDP International a le plaisir de vous annoncer que vous êtes le lauréat du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, édition 2026. Toutes nos félicitations. Nous sommes très heureux de vous compter parmi nos défenseurs des droits humains .

Cette distinction internationale, qui m’est décernée quatre mois après la remise d’un prix pour services exceptionnels par l’Association du Barreau Africain le 21 octobre 2025, me remplit d’une grande joie. Je remercie profondément les membres qui m’ont choisie, parmi d’autres, lauréat du prix VIU 2026 du RifDP qui porte le nom Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la démocratie et la paix.  Je suis profondément touchée et reconnaissant de cet honneur exceptionnel.

Je suis reconnaissant à Victoire Ingabire Umuhoza qui, bien que nous ne nous soyons jamais rencontrées, a eu confiance en moi et m’a confié la lourde responsabilité de son affaire et de celle de son avocat, Peter Erlinder, lorsqu’il a été enlevé et détenu, la privant ainsi de son droit d’être défendue par l’avocat de son choix. Je rends hommage à ma collègue Beth Lyons, qui n’est pas avec nous ici, mais qui s’est jointe à moi pour mobiliser les avocats du monde entier, le gouvernement américain, l’ONU et le TPIR en vue de la libération de Peter Erlinder.

Je dédie ce prix à ma chère mère, Helen Atabong Asaba Fontem, qui, bien que n’ayant pas été instruite, est devenue la première femme politique de mon arrondissement natal et m’a transmis un profond sens de la justice, ce qui m’a valu cette distinction. Gloire à Dieu Tout-Puissant, Dieu de la Victoire, qui ne manque jamais à ses devoirs.

Grâce à ce prix, vous m’avez offert une tribune pour appeler le gouvernement rwandais à la libération immédiate et inconditionnelle de Mme Victoire Ingabire Umuhoza. Depuis son retour au Rwanda pour participer à la vie politique de son pays, Mme Victoire Ingabire Umuhoza est soumise à diverses formes de contrainte. J’en appelle donc à tous les défenseurs de la liberté à travers le monde afin qu’ils interviennent et fassent pression sur le Rwanda pour obtenir sa libération inconditionnelle.

Mme Victoire Ingabire est une martyre de la démocratie, de la paix et de la justice. Elle est un symbole de courage, de justice et de paix, et une source d’espoir et de liberté pour tous les opprimés à travers le monde. J’appelle par conséquent le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, les mécanismes d’examen par les pairs des Nations Unies et des pays africains en matière de droits de l’homme, ainsi que l’Union européenne, à utiliser l’article 96 de la Convention européenne des droits de l’homme pour que le Rwanda réponde de ses obligations conventionnelles et libère Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

Je n’ai jamais rencontré Mme Victoire Ingabire en personne, mais au vu des nombreux échanges que j’ai eus avec elle par le passé, je peux affirmer en toute humilité qu’elle est une dirigeante engagée, dotée de qualités démocratiques exceptionnelles, attachée à la justice, à l’État de droit et à un Rwanda pacifique et démocratique. Elle porte une mission, une vision et un engagement indéfectible envers un Rwanda, une région des Grands Lacs et une Afrique prospère, démocratiques et pacifiques. Elle fait preuve d’un calme imperturbable, d’une vision éclairée et d’une capacité à unir son peuple, même sous pression.

Ses échanges avec moi, notamment lorsque sa résidence était encerclée et lorsque son avocat a été enlevé à son arrivée au Rwanda pour la défendre contre des accusations portées contre elle  m’avais convaincu  de son innocence at son attachement aux valeurs démocratique universellement reconnues. Raison pour laquelle, elle était rester sereine  lors d’un procès que la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples avait jugé inéquitable et contraire aux obligations internationales du Rwanda en matière de droits humains, et ordonné  sa libération après huit années de détention injuste . Malgré sa libération présumée, sa liberté n’était pas garantie ni respectée.  Pour paraphraser l’article de ma collègue Beth Lyons sur les acquittées au TPIR, parmi lequel figure notre client François Nzuwonemeye : elle été acquittée, mais pas libre. Oui. Victoire a été libérée, mais pas libre.

De ma première contacte avec Victoire Ingabire, elle était préoccupée sur l’exercice pacifique de ses droits humains et libertés fondamentales internationalement reconnus, ses droits civils et politiques ainsi que ceux des femmes et des hommes de son pays. Elle était préoccupée par les violations flagrantes et le manquement du Rwanda à ses obligations en matière de traités internationaux relatifs aux droits humains et au droit international. Je suis fière et reconnaissant de l’accompagner ainsi que le peuple rwandais dans cette voie de la justice, de le paix et des droits fondamentaux. La détention de Victoire porte atteint a ces valeurs universelles. 

J’accepte à nouveau ce prix avec une profonde gratitude et j’apporte mon soutien indéfectible à tous les efforts déployés pour la libération de Mme Victoire Ingabire Umuhoza, en l’honneur de laquelle ce prix international prestigieux des droits humains a été créé en reconnaissance de sa contribution remarquable à l’instauration d’une culture démocratique, à la justice, à la réconciliation nationale et au bien-être collectif de son pays, le Rwanda.

Merci beaucoup.

Chef Charles A. Taku

 

 

Discours d’acceptation de Madame Rosa Moro du Prix Victoire Ingabire Umuhoza

Bruxelles 28 février 2026

Tout d’abord, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude au Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix, à chacune d’entre vous ; ainsi qu’au jury et aux personnes présentes aujourd’hui, et à toutes celles qui sont absentes mais présentes dans nos cœurs. À ma famille et à mes collègues d’UMOYA, qui sont en Espagne.

C’est un immense honneur pour moi d’être ici aujourd’hui et de recevoir cette distinction de la part de personnes que j’admire tant, des personnes qui sont mes mentors, mes guides dans le domaine du journalisme après tant d’années. Je ne suis qu’une élève qui observe, écoute et apprend de tout ce que vous dites.

C’est un immense honneur de recevoir un prix portant le nom de Madame Victoire Ingabire, que nous admirons et aimons tous. Je pense souvent à son courage et je suis profondément émue. Comment peut-elle être si courageuse ? Comment peut-elle conserver cette dignité, cette posture, ce magnifique sourire ! face aux épreuves qu’elle a traversées pendant plus de 15 ans ?

On dit souvent que « il coûte cher de se battre pour la vérité, mais il coûte bien plus cher de ne pas le faire ». Je crois que, d’une manière ou d’une autre, nous savons tous ici ce que coûte réellement la lutte pour la vérité. Mais Victoire, en particulier, a porté ce combat à un niveau exceptionnel. C’est une héroïne, non seulement pour nous, mais pour de nombreuses personnes à travers le monde.

Aujourd’hui, je voudrais également exprimer mon admiration pour une personne présente ce soir et qui, comme Victoire, est radicalement engagée dans ce combat pour la vérité et la justice. Je parle de Juan Carrero.

Juan, c’est bizarre, je te parle en anglais alors que tu ne comprends pas. Mon français est catastrophique et je n’avais pas le choix ! Je veux que les autres me comprennent, alors… Je te donnerai ce texte en espagnol plus tard.

Il y a quelques années, je l’ai entendu dire lors d’une conférence qu’il adorait qu’on le qualifie de RADICAL. Il se déclare fièrement RADICAL car, en espagnol, « radical » vient de la racine, et signifie donc quelque chose d’enraciné, d’essentiel, de fondamental.

Depuis, j’aime aussi qu’on me qualifie de RADICAL !

Je ne connais personne de plus radical que Juan. Son radicalisme est un exemple pour moi ! Je l’admire et le respecte énormément, et je crois que je ne suis pas le seul.

Juan est exceptionnel ! Radicalement loyal à Victoire, aux peuples d’Afrique, à tous les opprimés de ce monde, à la vérité et à la justice, quelles qu’en soient les conséquences !

Je ne connais personne de plus radical que Juan. Son radicalisme est un exemple pour moi ! Je l’admire et le respecte profondément, et je crois ne pas être le seul.

Juan est exceptionnel ! D’une loyauté indéfectible envers Victoire Ingabire, les peuples d’Afrique, tous les opprimés de ce monde, la vérité et la justice, quelles qu’en soient les conséquences !

Il a subi de dures attaques à cause de cela.

C’est un long et difficile combat, le combat pour la vérité et la justice. L’ennemi dispose toujours de ressources bien supérieures aux nôtres, mais nous avons la vérité de notre côté, et surtout, des personnes comme Victoire et Juan. Il y a aussi beaucoup d’autres personnes qui sont encore là, qui ont elles aussi souffert et qui ne se rendent pas.

Certains, moi y compris, ne sont pas aussi tenaces, aussi courageux, ni aussi radicaux que Juan. D’autres, moi y compris, ont leurs contradictions, leurs peurs et leurs faiblesses.

Mais nous sommes là, suivant le chemin tracé par Victoire, Juan et tant d’autres qui ne sont plus là, qui ne sont plus de ce monde.

Il nous arrive souvent de trébucher, d’échouer, de nous fatiguer, etc. Mais nous ne baissons pas les bras, car il est plus difficile de ne pas lutter pour la vérité, maintenant que nous sommes arrivés là où nous sommes, aux côtés de nos frères et sœurs du Rwanda et du Congo.

Je suis profondément reconnaissante à mes collègues d’Umoya de m’avoir fait découvrir cette réalité il y a plus de 20 ans ; c’est un privilège et un honneur d’avoir connu des personnes comme Juan et Victoire.

C’est un immense honneur de faire partie de votre monde, chers amis du Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix.

MERCI BEAUCOUP

Discours d’acceptation de Père Serge DESOUTER du Prix Victoire Ingabire Umuhoza

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

À 87 ans – depuis quelques jours à peine – recevoir un prix a quelque chose d’assez inattendu. À mon âge, on s’attend plutôt à recevoir des rappels médicaux que des distinctions publiques. Je me suis même demandé si ce prix n’était pas une manière élégante de me dire : « Père Serge, il était temps ! »
Mais je l’accueille avec gratitude. Et avec gravité.

Ce prix ne m’honore pas seul. Il honore un engagement qui n’a jamais été une stratégie ni une posture morale. Il est né d’une fidélité. Une fidélité à un peuple. Au peuple Rwandais. Les Rwandais ne sont pas pour moi un « cas » dans l’histoire. Ils ne sont pas un dossier parmi d’autres. Ils sont des visages. Des prénoms. Des amitiés. Des deuils partagés. Des rires aussi.

J’ai vécu dix-huit années au Rwanda. Dix-huit années qui ne s’effacent pas. On ne quitte pas un peuple avec lequel on a marché, travaillé, prié, pleuré. On peut partir géographiquement. On ne part pas intérieurement. Kuri njye, Abanyarwanda si imibare mu mateka, ni abantu bafite amazina n’imitima. Pour moi, les Rwandais ne sont pas des chiffres dans l’histoire, ce sont des personnes avec des noms et des cœurs.

Lorsque l’invasion du FPR a commencé, j’ai dit – parfois presque seul – ce que je pressentais. Non pas par esprit de prophétie, mais par connaissance du ter-rain. Il suffisait d’écouter les signes. J’aurais préféré me tromper. Mais j’ai vu s’installer un système où la victoire militaire devenait vérité poli-tique, où le silence était présenté comme réconciliation, et où la peur devenait une méthode. Dire cela m’a valu le mépris. Des menaces. Des injures. On vous range vite parmi les gêneurs. Pourtant, je n’ai cherché qu’à rester fidèle à ce que j’avais vu et entendu.


Il m’est difficile d’accepter que le régime actuel continue à déstabiliser la ré-gion des Grands Lacs, au prix de tant de vies et de tant d’avenir. Les conséquences sont trop graves pour que l’on détourne les yeux. Le Rwanda ne se résume pas à son pouvoir. Les Rwandais ne se confondent pas avec ceux qui prétendent gouverner en leur nom.


Mon espérance ?
Elle ne vient pas d’un calcul politique. L’histoire surprend toujours. Elle ren-verse parfois ce que l’on croyait immuable.
Je crois à la force des consciences silencieuses.
Je crois que les mensonges finissent par s’user.
Je crois à la persévérance des victimes.
Je crois que la vérité, même fragile, a un poids que la propagande n’a pas.
Et comme prêtre, comme croyant chrétien, je crois à cette parole de l’Écriture : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Je crois que la nuit n’a jamais le dernier mot.
Je crois que Dieu entend le cri des peuples blessés.
Je crois que la justice peut tarder, mais qu’elle n’est jamais abolie devant Lui.
Et je crois surtout que les peuples ne sont pas condamnés à vivre indéfini-ment dans la peur.

Recevoir le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, c’est recevoir un signe que la parole n’est pas vaine. Que le courage, même isolé, porte du fruit. Que la fidélité n’est pas inutile.

À 87 ans, je n’ai plus d’ambition personnelle. Mais j’ai encore une responsabi-lité : témoigner. Transmettre. Dire calmement que la justice ne peut être sélective, que la mémoire ne peut être confisquée, et que la paix ne se construit jamais sur le déni.

Ce prix, je le reçois au nom de ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Au nom de ceux qui vivent dans la peur. Au nom de ceux qui espèrent encore, malgré tout.
L’histoire n’est jamais totalement écrite d’avance. Elle peut encore s’ouvrir.

Que ce prix soit un encouragement à ne pas céder. À ne pas se taire. À ne pas désespérer.

Murakoze cyane. Imana ihe umugisha u Rwanda!

Merci.

Serge Desouter Mafr

The RifDP wishes to correct the erroneous statements of the French Minister of Foreign Affairs regarding Victoire Ingabire Umuhoza

The International Women’s Network for Democracy and Peace wishes to correct inaccurate information contained in a statement by the French Minister of Foreign Affairs, Jean-Noël Barrot, regarding the case of Victoire Ingabire Umuhoza, in order to ensure that the public is properly informed.

An essential clarification.

The French Minister of Foreign Affairs, Jean-Noël Barrot, recently relayed inaccurate information concerning the judicial situation of Victoire Ingabire Umuhoza, a Rwandan political opponent currently imprisoned and being prosecuted before Rwandan courts.

On Tuesday, January 27, 2026, the Ministry of Foreign Affairs published Minister Barrot’s response to a written parliamentary question submitted by Aurélien Taché, Member of Parliament for Val-d’Oise. When questioned about Ms. Ingabire’s case, the Minister stated that she was “…the subject of prosecutions linked to past statements and accusations of ties with the Democratic Forces for the Liberation of Rwanda (FDLR), an organization that notably includes former perpetrators of the 1994 genocide against the Tutsis in Rwanda.

Such a statement calls for immediate clarification, both factually and legally.

Given the seriousness of the accusations mentioned, it would be essential for the Minister to specify, on the one hand, the exact nature of the “past statements” for which Ms. Ingabire is allegedly being prosecuted, and on the other hand, the concrete elements on which the alleged ties she is said to maintain with the FDLR are based. To date, no final judicial decision has established such ties, and these accusations were precisely at the heart of previous legal proceedings that were widely criticized by the international community.

These clarifications are essential to understanding the Minister’s position, and more broadly that of the French government, in a case that many observers and international organizations have described as abusive and politically motivated, including Amnesty International, Human Rights Watch, the World Liberty Congress, Freedom Now, and the Lantos Foundation.

Human Rights Watch, for example, has clearly denounced Ms. Ingabire’s arrest, describing it as a politically motivated procedure aimed at intimidating dissenting voices. HRW has called on the Rwandan authorities to release Ms. Ingabire and all individuals detained for political reasons, while recalling the importance of guaranteeing fundamental rights — freedom of expression, association, and peaceful assembly.

In the absence of any factual clarification, Minister Barrot’s statement is problematic on two counts: either it is based on inaccurate information, reflecting a troubling lack of understanding of a case that is nonetheless longstanding and well documented, or it contributes to relaying unsubstantiated accusations, at the risk of constituting defamation.

This position is all the more surprising given that France was among the states that publicly called for Ms. Ingabire’s release in 2018, following international pressure exerted on the Rwandan authorities. It also comes after the adoption by the European Parliament of an unequivocal resolution denouncing the arrest and detention of Victoire Ingabire, considering them part of a continuation of political repression and explicitly calling for her immediate and unconditional release, as well as the dropping of politically motivated charges.

In a state governed by the rule of law, lexical caution and factual rigor are not optional, especially when dealing with the situation of an imprisoned political opponent.

An official clarification from Minister Barrot therefore appears not only desirable, but necessary.

Brussels, 3rd February 2026.

 For the International Network of Women for Democracy and Peace (IwnDP)

  • Marie Louise Gakwaya — Coordinator, Belgium Section
  • Gloria Uwishema — Coordinator, Netherlands Section
  • Chantal Gaudiot — Coordinator, France Section
  • Perpétue Muramutse — Coordinator, Canada Section

Le RifDP rectifie les déclarations erronées du ministre français des affaires étrangères sur Victoire Ingabire Umuhoza

Le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix tient à rectifier des informations erronées contenues dans la déclaration du ministre Jean-Noël Barrot de la République française sur le cas de Victoire Ingabire Umuhoza afin que le public soit correctement informé.

Une clarification indispensable.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a récemment relayé une information erronée concernant la situation judiciaire de Victoire Ingabire Umuhoza, opposante politique rwandaise actuellement emprisonnée et poursuivie devant les juridictions rwandaises.

Le mardi 27 janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères a publié la réponse du ministre Barrot à une question parlementaire écrite posée par Aurélien Taché, député du Val-d’Oise. Interrogé sur le cas de Mme Ingabire, le ministre a déclaré que celle-ci ferait « L’objet de poursuites en lien avec des déclarations passées et des accusations de liens avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), organisation comprenant notamment d’anciens responsables du génocide de 1994 perpétré contre les Tutsis du Rwanda ».
Une telle affirmation appelle des clarifications immédiates, tant sur le plan factuel que juridique.

Compte tenu de la gravité des accusations évoquées, il serait indispensable que le ministre précise, d’une part, la nature exacte des “déclarations passées” pour lesquelles Mme Ingabire serait poursuivie, et, d’autre part, les éléments concrets sur lesquels se fonderaient les prétendus liens qu’elle entretiendrait avec les FDLR. À ce jour, aucune décision judiciaire définitive n’a établi de tels liens, et ces accusations ont précisément été au cœur de contentieux antérieurs largement critiqués par la communauté internationale.

Ces précisions sont essentielles pour comprendre la position du ministre, et plus largement celle du gouvernement français, dans un dossier que de nombreux observateurs et organisations internationales ont qualifié d’abusif et politiquement motivé, parmi lesquels Amnesty International, Human Rights Watch, World Liberty Congress, Freedom Now, ou encore la Lantos Foundation.
Human Rights Watch a par exemple clairement dénoncé l’arrestation de Mme Ingabire, la qualifiant de procédure politiquement motivée, visant à intimider les voix dissidentes.
HRW a appelé les autorités rwandaises à libérer Mme Ingabire et toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, tout en rappelant l’importance de garantir les droits fondamentaux — liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.

En l’absence de toute précision factuelle, la déclaration du ministre Barrot est problématique à double titre : soit elle repose sur des informations inexactes, traduisant une méconnaissance préoccupante d’un dossier pourtant ancien et documenté, soit elle contribue à relayer des accusations non établies, au risque de relever de la diffamation.

Cette prise de position est d’autant plus surprenante que la France figurait, en 2018, parmi les États ayant publiquement appelé à la libération de Mme Ingabire, à la suite des pressions internationales exercées sur les autorités rwandaises. Elle intervient en outre après l’adoption par le Parlement européen d’une résolution sans ambiguïté dénonçant l’arrestation et la détention de Victoire Ingabire, estimant qu’elles s’inscrivent dans une poursuite de la répression politique et appelant explicitement à sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi qu’à l’abandon des charges politiquement motivées.

Dans un État de droit, la prudence lexicale et la rigueur factuelle ne sont pas optionnelles, surtout lorsqu’il s’agit de la situation d’une opposante politique emprisonnée.
Une clarification officielle du ministre Barrot apparaît dès lors non seulement souhaitable, mais nécessaire.

Fait à Bruxelles le 03 février 2026.

Pour le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP)

    • Marie Louise Gakwaya — Coordinatrice, Section Belgique
    • Gloria Uwishema — Coordinatrice, Section Hollande
    • Chantal Gaudiot — Coordinatrice, Section France
    • Perpétue Muramutse — Coordinatrice, Section Canada

Le RifDP dénonce la détention arbitraire et les traitements inhumains infligés à Victoire Ingabire Umuhoza

Communiqué

Le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix alerte l’opinion publique nationale et internationale sur la détention arbitraire, les traitements inhumains et la négation systématique des droits fondamentaux dont est victime Madame Victoire Ingabire Umuhoza dans les prisons rwandaises.

For the English version, please click here (PDF)

Alors que la justice rwandaise est appelée à se prononcer, le 16 janvier 2026, sur l’illégalité de son arrestation, aucune garantie d’indépendance ni d’impartialité ne peut être raisonnablement attendue. Tout indique au contraire que ce procès s’inscrit dans une stratégie politique de neutralisation d’une opposante majeure.

Depuis des années, cette affaire est marquée par une accumulation d’abus de pouvoir, d’irrégularités judiciaires graves et de violations flagrantes du droit international. Le silence de la communauté internationale face à ces dérives ne fait que renforcer l’impunité des autorités rwandaises.

Nous exhortons toute autorité ayant le pouvoir d’agir, qu’elle soit nationale, régionale ou internationale, intervienne sans délai afin de contraindre les autorités rwandaises à respecter leurs engagements en matière de droits humains et à garantir à Mme Victoire Ingabire Umuhoza l’exercice plein et entier de ses droits civiques, politiques et judiciaires.

Les faits sont accablants.

Entre 2018 et 2024, de hauts responsables du régime rwandais, y compris le président de la République, ont publiquement multiplié les menaces, insinuations et discours de haine à l’encontre de Mme Ingabire, préparant ainsi le terrain à sa persécution judiciaire.

En 2025, des juges rwandais ont ordonné une enquête visant Mme Ingabire en la liant à une affaire que le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a pourtant clairement jugée contraire au droit international des droits de l’homme. Cette décision démontre le mépris assumé des autorités rwandaises pour les mécanismes internationaux de protection des droits humains.

Mme Ingabire a été arrêtée le 19 juin 2025 et placée en détention dans des conditions assimilables à un isolement punitif. Depuis cette date, elle ne peut communiquer avec sa famille et privée de tout accès effectif à son équipe juridique internationale, en violation directe des Règles Mandela et des normes minimales universelles applicables aux personnes privées de liberté.

L’Association du Barreau du Rwanda (RBA) a arbitrairement refusé à son avocat kenyan le droit d’exercer au Rwanda, invoquant le principe de réciprocité, alors même que ses propres textes exemptent les avocats de la Communauté d’Afrique de l’Est de cette exigence. Ce refus constitue une atteinte grave au droit à la défense et une violation manifeste du Protocole du Marché commun de la Communauté de l’Afrique de l’Est.

Malgré un recours constitutionnel pendant devant la Cour suprême contestant la légalité de son inculpation et de sa détention, le tribunal de première instance a délibérément refusé de suspendre la procédure, en violation de la loi rwandaise sur la compétence des juridictions. Il s’agit d’un passage en force judiciaire destiné à maintenir Mme Ingabire en détention à tout prix.

Le rejet de sa demande de libération sous caution, y compris lorsque le ministère public n’a pas respecté les délais légaux pour produire un acte d’accusation, illustre la volonté manifeste de punir sans juger.

Mme Ingabire est détenue dans des conditions mettant gravement sa sécurité et sa dignité en danger, notamment par son placement avec une détenue condamnée pour meurtre ; cela en violation des règles les plus élémentaires du droit pénitentiaire et par des privations arbitraires de droits fondamentaux, dont l’accès aux soins médicaux et à la pratique religieuse. Par ailleurs, la désignation des mêmes juges pour instruire et juger son affaire confirme l’absence totale de garanties d’un procès équitable et révèle l’instrumentalisation politique de la justice rwandaise.

Face à cette situation intolérable, nous refusons de nous taire.

La détention de Mme Victoire Ingabire Umuhoza engage la responsabilité directe des autorités rwandaises et interpelle la conscience de la communauté internationale.

Rappelons qui est Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Icône du leadership féminin en Afrique, elle est un symbole de la lutte pour la démocratie, les droits humains et le développement pour tous au Rwanda.

Mme Ingabire séjournait aux Pays-Bas pour des raisons d’études au moment des évènements tragiques de 1994 au Rwanda. En janvier 2010, elle décide de retourner au Rwanda et annonce sa candidature à l’élection présidentielle de la même année. Elle a été arrêtée pour avoir critiqué la politique de réconciliation du gouvernement rwandais et condamnée à quinze ans de prison lors d’un procès largement dénoncé pour ses motivations politiques.

Dans un arrêt historique rendu en 2017, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples

(CADHP) a jugé que le Rwanda avait violé son droit à la liberté d’expression et à une défense adéquate. À ce jour, le Rwanda refuse de se conformer à cette décision. Mme Ingabire a passé huit ans en prison, dont cinq en isolement cellulaire, avant d’être libérée par une mesure de grâce présidentielle en 2018.

Sa libération était assortie de deux conditions, qui devaient prendre fin en octobre 2025. L’une d’elles consiste à demander l’autorisation du ministre de la Justice pour quitter le pays. Malgré les demandes qu’elle a adressées au ministre et au président du Rwanda pour obtenir l’autorisation de se rendre aux Pays-Bas et de retrouver sa famille (y compris son mari malade), elle n’a reçu aucune réponse.

Depuis sa libération en 2018, Mme Ingabire est restée fidèle à son engagement en faveur d’une réforme politique pacifique et d’une bonne gouvernance au Rwanda, par le biais d’un dialogue national inclusif. En 2024, le système judiciaire rwandais l’a empêchée de se présenter aux élections présidentielles de juillet. Elle a ensuite saisi la Cour de justice de l’Afrique de l’Est (EACJ) pour obtenir le rétablissement de ses droits civiques.

Le 19 juin 2025, soit quelques mois avant l’expiration de son pardon, Mme Ingabire a été arrêtée à nouveau. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression a déclaré que les accusations portées contre elle semblaient être des représailles directes pour ses activités politiques et sa liberté d’expression.

Fait à Bruxelles le 10 janvier 2026.

Pour le Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix (RifDP)  

  • Marie Louise Gakwaya — Coordinatrice, Section Belgique
  • Gloria Uwishema — Coordinatrice, Section Hollande
  • Chantal Gaudiot — Coordinatrice, Section France
  • Perpétue Muramutse — Coordinatrice, Section Canada

Cynthia Mbanza Umutesi – Discours d’acceptation du Prix Jeunesse Engagée

Mesdames et Messieurs,


Chères membres du Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix,
Chers invités,

C’est avec honneur et gratitude que j’accepte le Prix Jeunesse Engagée. Je le reçois avec émotion et humilité, au nom de toutes celles et ceux qui, chaque jour, choisissent d’agir, d’aider, de croire encore à la force du bien commun.

1. Mon engagement et ma motivation

Mon engagement trouve ses racines dans le refus de l’injustice.
Depuis toujours, j’ai à cœur le respect de la dignité humaine.
Ce sont les valeurs que j’ai reçues de mes parents — un héritage moral qui m’accompagne à chaque étape de ma vie.
Je veux donc remercier ma famille, et toutes les personnes que j’ai croisées sur ma route, qui m’ont encouragée, inspirée, et parfois relevée.

C’est dans ce contexte, avec des amis, que nous avons créé l’association Umubano, qui œuvre pour venir en aide aux populations réfugiées, en leur fournissant alimentation, soins de santé et accès à l’éducation, essentiels à une vie digne.

Notre ambition est de sensibiliser le monde entier aux défis auxquels ils sont confrontés, et à inspirer un mouvement global de solidarité. Nous œuvrons également pour inculquer nos valeurs d’humanité et de solidarité aux futures générations.

Ce qui me donne de la force, c’est de voir des jeunes qui, malgré la guerre et la grande précarité, continuent d’espérer, de croire en l’avenir, d’étudier.

Ces victoires silencieuses sont, pour moi, la plus belle réponse à la violence et au désespoir.
Elles rappellent que, même dans les ténèbres, la lumière de l’éducation ne s’éteint jamais.

Ainsi, j’ai compris que l’engagement, ce n’est pas un acte héroïque, c’est d’abord un état d’esprit, accompagné d’actions au quotidien.

2. Les conséquences du non-engagement

Mais à l’inverse, le non-engagement est un risque.
Quand on ne se sent plus concerné par la société, quand on détourne le regard des injustices, on laisse le champ libre à la peur, à la division et à la méfiance.

Ne pas s’engager, c’est laisser d’autres décider du monde dans lequel on vit.
C’est se résigner à l’idée que rien ne peut changer.
Et quand les citoyens se taisent, la justice sociale s’affaiblit, et le vivre-ensemble s’effrite.

La paix n’est jamais acquise. Elle se construit, jour après jour, à travers notre capacité à dialoguer, à écouter, à participer.
Rester indifférent, c’est, en réalité, laisser l’injustice avancer sans résistance.

3. Mon souhait pour l’engagement de la jeunesse

Mon souhait le plus cher, c’est que chaque jeune prenne conscience du pouvoir immense qu’il détient. Nous avons tous, à notre manière, la possibilité d’agir.

S’engager, ce n’est pas forcément créer une association ou mener un grand projet.
C’est aussi tendre la main à une personne qui en a besoin, participer à un projet local, défendre une idée juste, ou simplement oser prendre la parole.

Je rêve d’une jeunesse curieuse, courageuse et responsable, une jeunesse qui ne baisse pas les bras face aux difficultés, qui transforme les obstacles en défis, et les rêves en actions concrètes.
Parce que la société de demain dépend de la passion, de la créativité et du sens du devoir de la jeunesse d’aujourd’hui.

4. Les relations intergénérationnelles et la transmission

Mais pour que cet engagement dure, il doit s’appuyer sur une base solide : la transmission entre les générations. Je le crois profondément : la transmission est la clé de voûte de tout engagement durable.

Nous, les jeunes, avons besoin de comprendre d’où nous venons pour savoir où aller.
Alors, chers parents, chers aînés, parlez à vos enfants.
Racontez-leur votre parcours, vos rêves, vos réussites, mais aussi vos échecs.
Ne leur cachez rien : ce sont vos histoires, vos expériences, vos leçons de vie qui leur donneront la force d’avancer.

Offrez-leur la plus grande des richesses : le savoir.
Le savoir, c’est ce qui éclaire les esprits, ce qui libère, ce qui construit la paix.
Une jeunesse instruite et consciente de son histoire, c’est une jeunesse capable de bâtir un avenir meilleur.

La démocratie, la justice et la paix naissent du dialogue entre les générations — de la main tendue entre ceux qui ont ouvert la voie et ceux qui s’apprêtent à la poursuivre.

5. En conclusion

Recevoir ce prix aujourd’hui n’est pas un aboutissement.
C’est un appel à continuer, à persévérer, à inspirer d’autres jeunes à s’engager à leur tour.

Je dédie ce prix aux jeunes dont nous accompagnons la scolarité avec Umubano, à leurs familles, et à tous les bénévoles qui, chaque jour, transforment la solidarité en action.

Merci au RifDP pour cette reconnaissance et pour la confiance que vous placez dans la jeunesse. Merci de croire en notre capacité à construire un monde plus juste, plus fraternel et plus humain.

Et à ma génération, je veux dire ceci :
n’attendons pas que le monde change pour nous — changeons-le ensemble, un pas après l’autre.

Merci. 🌿

Max Komeza : Discours d’acceptation du Prix Jeunesse Engagée

Mesdames et Messieurs,
Chers membres du Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix,

C’est avec une profonde gratitude et un grand sens de responsabilité que j’accepte le Prix Jeunesse Engagée. Ce prix ne célèbre pas seulement un parcours personnel, mais rend hommage à toute une génération africaine qui refuse la résignation, qui choisit la dignité et qui s’engage pour la libération et la reconstruction morale, politique et culturelle de notre continent.

Mon engagement est avant tout patriotique. Il s’enracine dans l’amour du peuple africain et dans la conviction que notre émancipation ne viendra que de nous-mêmes. S’engager, c’est comprendre que notre avenir collectif dépend de notre capacité à servir notre peuple avec loyauté, à défendre sa souveraineté, et à poursuivre l’œuvre inachevée de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la liberté de l’Afrique.

Ne pas s’engager pour son continent, c’est trahir les sacrifices de nos aînés. C’est accepter que d’autres définissent nos destins, exploitent nos terres et manipulent nos consciences. Le désintérêt des jeunes pour leur propre peuple conduit inévitablement à la perte de la justice sociale, à la fragilisation de la paix et à la disparition du sentiment d’appartenance à une même communauté de destin.

Je voudrais exprimer ici ma profonde reconnaissance envers nos aînés, gardiens de nos valeurs et de notre mémoire. Et plus particulièrement envers les femmes rwandaises piliers de notre communauté et du monde, qui portent la vie, la sagesse et la résistance. Leur courage silencieux est la première école du patriotisme.

Je pense notamment à Victoire Ingabire, femme de conviction et de sacrifice, dont le courage face à l’adversité incarne la fidélité à la vérité et à la patrie. Elle nous rappelle que le combat pour la liberté et la justice n’est pas une quête individuelle, mais une mission collective que chaque génération doit poursuivre.

Mon souhait pour la jeunesse africaine est qu’elle s’éduque, se responsabilise et s’autodétermine. Qu’elle prenne conscience de son rôle historique dans la construction d’un continent souverain et uni. Nous devons apprendre à penser par nous-mêmes, à réhabiliter nos propres modèles, et à bâtir un avenir que nos enfants pourront habiter avec fierté.

Je crois profondément à la complémentarité entre générations : les anciens nous offrent l’expérience et la mémoire, les jeunes apportent l’audace et l’énergie du renouveau. Ensemble, nous formons une même chaîne, un même peuple en marche vers sa renaissance.

Je dédie ce prix à toutes les femmes et à tous les jeunes du continent qui, souvent dans le silence, continuent de porter l’Afrique dans leur cœur et dans leurs actes.

Merci.

Lettera aperta a Sua Santità Papa Leone XIV

Santissimo Padre,

È con profonda riverenza e immensa speranza che ci rivolgiamo a Sua Santità, la voce più ascoltata e la più autorevole risorsa per coloro la cui voce è soffocata dall’indifferenza del mondo.

 

Siamo donne comuni che si battono per una causa straordinaria: il riconoscimento di ogni essere umano come persona degna di rispetto nella sua piena umanità. Come membri del Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RifDP), un’organizzazione con sede in Belgio e filiali nei Paesi Bassi, in Francia e in Canada, prestiamo particolare attenzione alla regione africana dei Grandi Laghi dove, da troppo tempo,  imperversa una tragedia.

 

Oggi ci rivolgiamo a Sua Santità per denunciare la drammatica situazione umanitaria che sta devastando la parte orientale della Repubblica Democratica del Congo. Una tragedia silenziosa ma devastante, che colpisce i più vulnerabili: donne, bambini, giovani. La loro vita quotidiana è fatta di sofferenze indicibili, i loro territori sono stati trasformati in campi di battaglia da oltre trent’anni.

 

Queste atrocità, denunciate senza sosta dal dottor Denis Mukwege, Premio Nobel per la Pace nel 2018, non hanno ancora trovato un vero riscontro presso i potenti di questo mondo. Le donne congolesi continuano a essere violentate, la loro dignità calpestata, le loro grida ignorate. Dal 1996 la situazione non fa che peggiorare, nonostante gli allarmi e le numerose relazioni, in particolare quella denominata “Mapping Report” delle Nazioni Unite, che documentano minuziosamente questi crimini.

Il Vostro predecessore, Sua Santità Papa Francesco, aveva alzato la voce durante la visita a Kinshasa dal 31 gennaio al 3 febbraio 2023, pronunciando queste parole forti: « Togliete le mani dall’Africa! »

E una denuncia contro il « colonialismo economico » e le violenze sistematiche che chiedeva la fine del saccheggio di un Paese ricco di risorse ma la cui popolazione è costretta a vivere in condizioni di estrema povertà.

Papa Francesco ha denunciato il colonialismo economico che imperversa in particolare nella Repubblica Democratica del Congo (RDC), un vasto Paese afflitto da violenze endemiche : «Smettete di soffocare l’Africa: non è una miniera da sfruttare né una terra da saccheggiare». Papa Francesco lanciò questo appello in un discorso in italiano pronunciato davanti alle autorità e al corpo diplomatico nel palazzo presidenziale.

Le Vostre parole sono state accolte con applausi, risuonando in modo particolare nella Repubblica Democratica del Congo, un Paese dal sottosuolo ricco, pieno di immense risorse e dalla terra fertile dove, però, due terzi dei circa 100 milioni di abitanti vivono con meno di 2,15 dollari al giorno.

Santissimo Padre,

L’umiliazione delle donne congolesi è durata troppo a lungo. Gli stupri, i massacri, la miseria e l’accattonaggio istituzionalizzato sono durati troppo a lungo. Come è possibile, in un mondo così ricco di beni e tecnologie, accettare ancora che esseri umani vivano senza cibo, senza riparo, senza speranza? Come tollerare che un conflitto cui la comunità internazionale pare ormai assuefatta, permetta che lo stupro di donne e ragazze diventi un’arma di guerra e quasi una norma?

La logica che domina oggi è quella della predazione: spogliare i popoli, privarli della loro autonomia, per poi presentarsi come salvatori. Questo circolo vizioso è il segno distintivo della nostra epoca. Distrugge la dignità, instaura l’umiliazione come sistema e perpetua la disumanizzazione.

Per questo accogliamo con gratitudine il Vostro appello del 14 maggio 2025, rivolto ai rappresentanti delle 23 chiese cristiane d’Oriente, in cui Voi proponete la mediazione della Santa Sede per far tacere le armi e invitare i leader al dialogo. Le parole che seguono sono le Vostre e hanno toccato i nostri cuori :
«La Santa Sede è disponibile affinché i nemici possano incontrarsi e guardarsi negli occhi, affinché i popoli ritrovino la speranza e la dignità che meritano, la dignità della pace».

Il Vostro impegno per la pace, la Vostra difesa di una comunicazione disarmata e disarmante, sono un faro nell’oscurità. Voi avete invocato un linguaggio libero dall’odio, attento ai più deboli, rispettoso della verità e animato dall’amore. Un linguaggio che, nella regione dei Grandi Laghi africani, molti hanno cercato di soffocare.

Infatti, in questa regione, i giornalisti vengono imbavagliati, imprigionati o assassinati, come testimonia il giornalista Anjan Sundaram nel suo libro BAD News .

Le stesse preoccupazioni emergono da un’indagine ben documentata condotta sulla morte del giornalista ruandese John Williams Ntwali nel gennaio 2023 .
Lo dimostrano anche diverse indagini delle Nazioni Unite.

Come Voi avete ricordato, Santissimo Padre:
«La sofferenza di questi giornalisti imprigionati interpella la coscienza delle nazioni e della comunità internazionale, invitandoci tutti a salvaguardare quel bene prezioso che è la libertà di espressione e di stampa. Disarmiamo la comunicazione da ogni pregiudizio, rancore, fanatismo e odio; purifichiamola da ogni aggressività. Non abbiamo bisogno di una comunicazione tonante e muscolosa, ma piuttosto di una comunicazione capace di ascoltare, di raccogliere la voce dei deboli che non hanno voce. Disarmiamo le parole e contribuiamo a disarmare la Terra».

Voi non avete esitato a sottolineare ancora una volta che:
«Una comunicazione disarmata e disarmante ci permette di condividere una visione diversa del mondo e di agire in modo coerente con la nostra dignità umana». Lei ha concluso che è necessario «scegliere con coscienza e coraggio la via della comunicazione di pace».

Santissimo Padre,

Rivolgiamo lo sguardo a Voi con un’attesa piena di pace e speranza. Il giorno in cui le porte del Vaticano si apriranno per accogliere queste donne congolesi disumanizzate e umiliate che cammineranno sul tappeto rosso solitamente calpestato dai potenti, sarà un giorno di grazia per tutta l’umanità. Questo gesto simbolico, più forte di mille discorsi, dirà al mondo intero che queste donne contano. La loro unica richiesta sarà semplicemente quella di ricevere la Vostra benedizione.

Il dottor Mukwege cerca di curare i corpi di queste donne, però i loro cuori e le loro anime aspettano l’autorevolissimo interessamento di Vostra Santità affinchè siano riconosciute, rispettate, amate come esseri umani.

Nella speranza di ricevere una Vostra risposta, Vi preghiamo umilmente, Santissimo Padre Leone XIV, di accettare i nostri più distinti saluti.

Fatto a Bruxelles, il 23 luglio 2025.

A nome dei membri della Rete internazionale delle donne per la Democrazia e la Pace:

Gloria UWISHEMA / RifDP nei Paesi Bassi
Marie-Louise GAKWAYA / RifDP in Belgio
Chantal GAUDIOT / RifDP in Francia
Perpétue MURAMUTSE / RifDP in Canada.

Contatto: international@rifdp-iwndp.org

Copia riservata:
Sua Eccellenza Félix Tshisekedi, Presidente della Repubblica Democratica del Congo
Sua Eccellenza Paul Kagame, Presidente della Repubblica del Ruanda
Sua Eccellenza Evariste Ndayishimiye, Presidente della Repubblica del Burundi
Sua Eccellenza Donald Trump, Presidente degli Stati Uniti d’America
Sua Eccellenza Emmanuel Macron, Presidente della Repubblica francese
Sua Eccellenza Ursula von der Leyen, Presidente della Commissione europea
Dr Denis Mukwege, Premio Nobel per la Pace
Signora Tatiana Mukanire, coordinatrice nazionale del Movimento nazionale delle sopravvissute alla violenza sessuale nella Repubblica Democratica del Congo
Sua Eccellenza Mark Carney, Primo Ministro del Canada
Sua Eccellenza Bart De Wever, Primo Ministro del Belgio
Sua Eccellenza Dick Schoof, Primo Ministro dei Paesi Bassi

Persone che sostengono questa lettera

Io sottoscritto/a sostengo la lettera sopra riportata:

Sig. Joan Carrero
Sig. Hervé Cheuzeville
Colonnello Luc Marchal
Sig. Déo Namujimbo
Sig. Jooneed Khan
Sig.ra Anneke Verbracken
Sig.ra Ann Garrison
Sig. David Jacobs
Sig. John Philpot
Sig. Robin Philpot
Sig.ra Roxanne Gendron
Sig. Charles Onana
Abbé Jean Pierre Mbelu
Sig. Fred Winther Holt
Sig. Chris De Beule
Sig.ra Martine Syoen
Sig.ra Judi Rever
Sig. Phil Taylor
Sig. Patrick Mbeko
Sig.ra Nicole Ndongala Nzoiwidi
Sig. Abraham Kiplangat Mutai.